Monday, November 15, 2010

Duane, sailor 1950


He's my uncle. I believe that he made lots of girls dream. He was posted in Hawaii for a while. Did he also go to Korea? All I know is that I grew up drawing faces of men that always had his face! Believe it or not! He's my hero, my Corto Maltese!

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Inanimée


Ses pieds sont nus

Sur le carrelage

Blanc

De la cuisine

Il fait nuit noire

Et l’on entend

Le tic-tac lent

De l’horloge murale

Sa peau est blanche

Sous son tee-shirt trop lâche

Elle ne dort pas

Il est trop tôt

Il est trop tard

Tout est dans le noir

Quand elle ouvre la porte du frigo

C’est comme un spot

C’est comme un phare d’auto

Avant d’être écrasée, laissée sur le carreau

C’était avant…

Il n’y aura pas de choc

Le plus dur est passé

Elle n’a envie de rien

Elle a juste un peu soif

Mais ses mains sont si lâches

Sa tête est si lourde

Sa tête est si haute

Au-dessus de ses pieds glacés

Pourtant il faut se baisser

Un peu

Pour attraper l’eau

Elle est si vieille

Elle est si laide

Eblouie par la lumière crue

Elle n’a plus la force d’être belle

Elle regarde sans regarder

L’étagère, avec ce qu’elle aimait manger

C’était avant…

Elle prend la bouteille

Referme la porte

Se sert un verre

Et debout

Face a l’évier

Toute la nuit

Inanimée

Elle boit un verre d’eau fraîche

Pour sentir en elle

Tout doucement couler

Un petit sillon de vie

En espérant

Au petit matin

se ranimer.

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Impressions japonaises


J’ai vu Kyoto et le mont Fuji Yama
La première sous la pluie,
le second de loin, par la fenêtre du Shinkanzen,
J’ai vu des Geishas dans le métro de Tokyo
S’asseyant avec grâce a coté de passagers fatigués
Au zoo de Tokyo j’ai vu les Pandas
Ils tournaient le dos aux enfants agglutinés devant la paroi
J’ai vu des moines Shinto faisant la manche
Sous des néons, devant une foule du dimanche
A Nagoya, j’ai vu des hommes en costume noir
Qui partaient travailler le matin comme des robots
J’ai mangé des Sushis et des soupes miso,
Des tofus aux étonnantes saveurs
Craquants sur le dessus, tout mous a l’intérieur
J’ai marché sous la pluie sur les pavés patinés par les siècles
Je me suis assise à l’abri d’un temple zen et je suis restée là, en tailleur,
Des minutes qui devinrent des heures
J’ai vu des jardins parfaits, des instants d’éternité ratissée avec sagesse
J’ai caressé des biches à Nara, et nourri leurs faons de petites galettes,
Pendant que des collégiennes en goguette riaient qu’elles reniflent leurs socquettes
J’ai suivi du regard une fillette
Qui marchait seule sur un chemin étroit
Entre les miroirs des champs recouverts d’eau
J’ai vu des maisons en bois sombre, petites, juste la place pour des colombes
J’ai photographié un enfant aux joues de porcelaine s’émerveiller devant un moineau
Et un père jouant au base-ball avec ses filles, une casquette rouge vissée sur la tête.
Je n’ai rien vu du Japon, je ne l’ai que survolé du regard
Et chaque impression reste gravée là
Au plus profond de ma mémoire
Comme un songe née des histoires
que l’on raconte aux enfants
Et qu’ils voudront aller voir plus tard,
lorsqu’ils seront grands.

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Longtemps, je n'ai pas compris


Longtemps, je n’ai pas compris lorsqu’on me parlait.

Les mots étaient étranges, beaux, sonores, lumineux ou sombres, mais toujours un peu opaques… Opalins.

J’écoutais sans comprendre d’abord et c’était une jolie musique qui me suffisait.

Oui, c’est certainement comme cela que ça a du commencer !

J’écoutais, bébé, tout en regardant les lèvres de ma mère et de mon père tour a tour articuler des mots aux musiques différentes. Leurs lèvres s’ouvraient, se refermaient en de multiples baisers, formant des papillons joyeux et colorés qui voletaient au-dessus de mes yeux, frôlaient mes oreilles, caressaient mes joues.

Je n’ai pas compris les choses les plus simples parfois.

Je vivais dans un monde parallèle, je vivais dans deux mondes en même temps, deux univers superposés, entrelacés, plein d’innocence et d’invention.

Je réinventais le sens des mots, j’y mettais toute ma naïve interprétation du monde, la musique avait un sens différent de celui des mots.

Ce n’est qu’un vague souvenir, une sensation et peut-être ne s’en apercevait-on pas. Pourtant...on me disait lente. On me disait tête en l’air.

Et c’est bien de cela qu’il s’agit ! Avoir la tête en l’air, un peu surélevée par rapport a celles des autres, a qui les mots tombent dans les oreilles sans effort, habituée que j’étais a devoir aller cueillir les sons qui sortaient de la bouche de mes interlocuteurs, a soulever ma tête vers la mère nourricière : la langue et a la retourner comme un terreau.

J’entendais l’anglais parle par maman, ses mots doux de l’Iowa, un anglais de Sioux m’a-t-on fait croire, plein de charme, de malice, mélange de légèreté et de grâce.

J’entendais le français, la langue douce et taquine de mon père. La voix autoritaire aussi parfois et de magnifiques silences, comblés par les bruits de la mer. « La langue française », Monsieur de la Fontaine, parfaitement ! Celle qui m’a fait écouter avec encore davantage d’attention, qui m’a rendu l’amour poète et inventif et m’a plongé au coeur des livres dans un voyage de compassion.

Et les deux se sont rencontrés...

L’Américaine a séduit l’Auvernat. Leurs enfants ont le sang mêlé. Leurs mots d’indigène portent une absence en creux, un relief qu’eux seuls peuvent entendre.

Avec l’Anglais je suis partie en voyage, j’ai rencontre les Indiens d’Amérique, j’ai eu pour compagnon un chat et son chapeau haut de forme et j’ai eu envie de raconter des histoires pour rester une enfant moi-meme, certainement.

Avec le Français, j’ai eu envie d’être poète, d’être Céline, Proust, Prévert , Rimbaud. J’ai découvert que sous la peau de l’horrible grammaire existait une jeune fille subtile et malicieuse digne d’un roman de Madame de Sévigné .

Avec l’Anglais j’ai eu envie de jouer avec les mots, d’être bercée par eux et d’avoir des enfants.

Avec l’Anglais j’ai eu mes plus gros coups de gueule.

Avec le Français, j’y ai rajoute de la rhétorique !

Avec l’Anglais, j’ai pris le ton de la comédie.

Avec le Français, j’y ai mis du drame.

Avec l’Anglais, j’ai rencontre les autres.

Avec le Français, je les ai séduit.

Les deux langues ne se jalousent pas, elles m’animent sans même soupçonner l’existence l’une de l’autre.

« Quand vous pleurez, vous souriez aussi. Vous le saviez ? »

Je n’oublierai jamais la tendresse avec laquelle un homme m’a dit cela.

Je ne sais dans quelle langue je pleure ou je ris. C’est vrai que mon sourire semble vouloir excuser mes larmes. C’est que je suis double ! Et je ne comprends pas ce monde qui ne conçoit pas la duplicité des êtres, qui ne voit toujours que la face visible des choses, qui vit dans son jargon, dans « sa » Langue, sans que personne ne fasse l’effort de s’entendre, de se comprendre.

A ceux qui pensent que je n’ai pas toujours compris, je dis ceci :

De ma fenêtre, de mon lit d’enfant là-haut, je vous écoutais, et plus tard encore, de loin ou de près, dans le silence, je vous observais et voici qu’un jour, après avoir pris mon temps, après avoir fait mon voyage sur la lune, j’ai commence dans ma langue a moi a traduire ce monde-ci.

Et aujourd’hui, j’ai envie de transmettre à mes enfants ces beaux fruits. Mes mots a moi. Ma langue qui n’est pas la langue de tout le monde et pourtant qui me semble bien plus universelle que d’autres.

Jade et Adrien,

Je vous souhaite d’entendre vous aussi de multiples langues et qu’elles résonnent en vous avec de multiples couleurs, qu’elles rendent votre existence plus belle et votre âme plus riche.

Vous comprendrez avec votre coeur. C’est ce qui importe le plus.

A vous, mes amours.

Sophie